Chroniques

La République Culturelle : Vivants, Toujours !

Dominique de Villepin

23 juillet 2026

La liberté guidant le peuple, Eugène Delacroix, 1830
La liberté guidant le peuple, Eugène Delacroix, 1830

La culture est en péril en France et ce péril a trois visages.

L’engloutissement dans la logique de marché a nourri le productivisme, qui a réduit la culture en une consommation de produits, un jeu à somme nulle, un cycle sans fin dans lequel la longue durée de l’œuvre n’a plus aucune place. C’est le macronisme culturel, dont le Pass Culture avec son chèque pour solde de tout compte culturel est le symbole. Voilà le paradoxe auquel on aboutit : jamais notre pays n’a autant créé, jamais les œuvres n’ont si peu rencontré leur public. Un spectacle y est joué, en moyenne, entre deux et quatre fois. Des mois de travail pour moins d’une semaine. Dans les librairies, les tirages moyens baissent quand le nombre de titres augmente. Pour un premier roman, elles oscillent entre 500 et 800 exemplaires. La scène culturelle doit parler toujours plus fort en étant toujours moins entendue.

L’attaque constante et idéologique de l’extrême droite fait de la culture un ennemi, une digue à abaisser, une bande d’empêcheurs de penser en rond. Des Présidents de région font des attaques contre l’art, contre les « cultureux », un fonds de commerce populiste qui permet en plus de justifier des économies drastiques, un fonds de commerce populiste qui a pris, en Pays de la Loire, la forme d'une amputation de plus de 70% du budget culturel en une seule année. Ce processus remet en cause quatre-vingts-ans de décentralisation culturelle, alors que les collectivités locales représentent 75% des aides au spectacle. A un an de l’élection présidentielle, à Avignon, à Aix, dans tous les théâtres, dans toutes les écoles d’art, dans tous les ateliers, on ne peut manquer de se demander : et l’an prochain ?

Il y a, il faut le dire, l'absence de vision et de souffle d'un système institutionnel à bout de course. Huit ministres de la Culture se sont succédé depuis 2017 : une moyenne de treize mois par mandat, le temps d'apprendre le dossier, pas celui de porter un projet. Ce qu'on appelle en France "la politique culturelle" n'arrive plus à se renouveler et court le risque de sombrer en une juxtaposition de guichets, d'administrations, de comités, sans cap ni doctrine. Elle risque aussi de jouer les uns contre les autres, de perdre de vue le rassemblement qu'exige toute vraie politique culturelle, rassemblement de tous les artistes et de tous les publics autour d'un bien commun partagé.

Mais derrière cette crise de modèle, se cache à son tour une crise plus grave, une crise de civilisation qui remet en cause les conditions mêmes de la création.


C’est la menace sur notre humanité, sur le sens que nous lui donnons, que font peser l’intelligence artificielle et la révolution numérique plus généralement. Non que ces technologies soient mauvaises en elles-mêmes, elles ouvrent aussi des champs de création inédits, mais parce qu'elles s'imposent à la vitesse d'un raz-de-marée, sans laisser aux filières et aux métiers le temps de s'adapter qu'avaient permis toutes les révolutions techniques précédentes. En témoigne la crise de l’attention d’une jeunesse consommant des « contenus » culturels qui lui sont fournis dans un scrolling infini. Le facteur rare n’est plus la création, c’est la réception, le temps, l’attention, la capacité de recevoir les œuvres. Cela explique le recul d’une grande partie des pratiques culturelles illustrée par l’étude Ifop/Art Explora (juin 2025). Toutes les pratiques culturelles des Français reculent depuis 2017 — lecture -13 points (72%), cinéma -20 points (57%), monuments et sites historiques -20 points (51%), musées et expositions -19 points (43%), bibliothèques -16 points (33%). 20% des Français n'ont fait aucune sortie culturelle dans l'année. En témoigne aussi l’angoisse de tous ces métiers créatifs ou, liés à la création, notamment au cinéma, qui craignent aujourd’hui de disparaitre, dans les effets spéciaux, le doublage, le sous-titrage, les génériques. Des acteurs mêmes qui craignent d’être remplacés par leurs doubles numériques. Les musiciens s’inquiètent d’être chassés des plateformes dès lors qu’un titre sur deux déposé chaque jour sur la première plateforme musicale française est généré par une intelligence artificielle.

C'est la menace sur notre souveraineté que font peser les empires prédateurs, d'ici ou d'ailleurs, qui ont toujours cherché l'acculturation comme préalable à la domination : la bataille des images et des récits ne connaît aujourd'hui aucune frontière ni aucun camp unique. Cela n'enlève rien à la grandeur et à la richesse des grandes cultures du monde, à commencer par la culture américaine, cela doit cependant nous inviter à une once de prudence sur les objectifs finaux de ces diffusions à grand renfort de moyens et de pressions, d'où qu'elles viennent. La souveraineté culturelle c'est tout le contraire de l'autarcie, c'est la liberté de pouvoir partager. C’est la menace sur notre liberté qu’impose la vague illibérale et identitaire qui déferle depuis plusieurs années. Elle n’est plus loin désormais des plages françaises, portée par la voix de Donald Trump, de Vladimir Poutine ou de Xi Jinping. C’est, chacun à sa manière, la démocratie qu’ils veulent voir céder. C’est aussi la tentation des bâillons et des idéologies totalitaires et fondamentalistes, de toutes les essentialisations qui sont par nature étrangères à la création artistique. Elle prend aussi le visage des oligopoles, d’ici ou d’ailleurs, qui se recomposent par mégafusions successives pour tenter d’assujettir les industries créatives, de les contrôler pour façonner les imaginaires.

L’enjeu est existentiel. Ce qui est attaqué par les empires, par les plateformes, par les machines, c’est l’humain en nous, notre liberté de choisir, notre capacité de nous rassembler, nos récits communs. Un peuple qui n’habite plus ses propres histoires finit par errer dans celles des autres.

La grande bataille de notre temps se noue entre un système oligarchique et un modèle démocratique, à mesure que s’opère, sous nos yeux, la fusion de l’État et du marché : des puissances publiques qui entrent au capital des maîtres des machines, des maîtres des machines qui dictent leurs conditions aux puissances publiques, des empires technologiques traités en interlocuteurs d’égal à égal par les nations.

Les Temps Modernes, Charlie Chaplin, 1936
Les Temps Modernes, Charlie Chaplin, 1936

Dans le nouvel âge des prédateurs, les grands monopoles privés et les nouveaux empires ont fait de la culture un champ de bataille prioritaire : réseaux sociaux, plateformes de streaming vidéo ou musicales, chaînes de télévision, grands producteurs des industries créatives et de l’événementiel sont aux avant-postes. Ils servent en définitive le modèle d’une oligarchie où pouvoir politique et pouvoir économique se confondent. Il suffit de prendre, dans presque tous les pays, la liste des plus grandes fortunes pour voir qu’un grand nombre d’entre eux se développent avec appétit dans la culture et les médias. On le voit aux Etats Unis, on le voit chaque jour en France, sans que les intentions idéologiques ne soient cachées. Le monde du monopole, c’est le monde de la machine. La machine des marchés. La machine de la technologie. La machine de l’Etat.

L’enjeu c’est la confiscation de la culture par le marché avec la complicité de l’Etat, pour nous enfermer dans le cercle infernal de la production et de la consommation toujours plus effrénée. Si vous vous demandez à quoi cela ressemble, pensez à une soirée Netflix, à une demi-journée passée sur des formats courts de Youtube. Demandez à nos jeunes, qui ont grandi dans cette attraction puissante. La culture est en train d’être réduite à l’état de produit, un « contenu » parmi les contenus, calibré, recommandé, classé, consommé, jeté, dépouillé de l’intention d’un créateur, du travail d’une forme, de la liberté d’un choix, de la rencontre d’une conscience avec une autre- bref, de sa charge d’humanité et de vie. Par la captation de l’attention, c’est le choix lui-même qui est confisqué. On ne choisit plus ses goûts, on les reçoit d’un algorithme qui a choisi à notre place, on se laisse enfermer et se prive ainsi de la joie de la découverte, du trouble de la curiosité, de l’ouverture du regard. Ainsi la culture se rétrécit et la dictature algorithmique nous rétrécit .

Mais il y a une alternative, et c’est l’Europe et la France qui l’incarnent, c’est celui de la démocratie, et tout particulièrement de la démocratie culturelle, c’est-à-dire l’idée qu’il n’y a pas d’émetteur central, autorisé, des récits et des images qui font la représentation de notre société, mais que chacun détient un accès égal à la fonction de créateur et à celle de spectateur. C’est la part de souveraineté personnelle de notre vision du monde, qui mise sur la liberté individuelle, sur l’autonomie cognitive, sur l’éducation pour faire face à la complexité du monde. C’est aussi le modèle de la République culturelle, celle qui est constituée par la formation d’un public, d’un commun constitué par le spectacle simultané de la même œuvre. C’est la naissance de la cité athénienne devant les tragédies rituellement représentées aux Grandes Dionysies. Ce bien commun, c’est notre souveraineté partagée. Ce n’est pas un trésor à enterrer, mais comme dans la parabole des talents, un trésor à faire circuler, à partager, à frotter au reste du monde. C’est, troisième strate, un humanisme culturel qui est convaincu que les œuvres de l’esprit ont le pouvoir de sortir l’homme de sa condition et de sa finitude. C’est la part d’espoir de notre vision culturelle que le modèle oligarchique n’aura jamais.

Nous avons déjà réussi par le passé à sortir de nos doutes par de grandes politiques culturelles. On pourrait citer la politique de mécénat royal du Grand Siècle qui fit sortir par le prestige de la spirale des Guerres de religion et des Frondes ; ou la politique républicaine qui, presque par inadvertance, après la défaite de 1870, a vu Paris s’affranchir des académismes et devenir pour un siècle le phare des avant-gardes. Mais surtout il s’agit de se placer dans la filiation des deux grandes politiques culturelles de la Cinquième République.

Après 1958, à l’invitation du Général de Gaulle, André Malraux a su porter une vision, celle de la culture pour tous, capable de faire consensus à travers tous les mouvements politiques, du communisme au gaullisme, qui s’est appuyée sur les mouvements d’éducation populaire, sur les artistes pour porter la culture canonique à tout le peuple, dans la générosité du partage républicain. C’est l’âge de l’Etat culturel

Après 1981, à l’invitation de François Mitterrand, une nouvelle politique prônant la culture de tous s’est imposée, dans le souffle de mai 68 et de la libéralisation de la société, autour de l’abolition de la distinction entre culture savante et culture populaire et autour de l’idée du rassemblement par la fête et les festivals. C’est l’âge de la démocratie culturelle.

Aujourd’hui, il faut à nouveau affirmer la dimension de domaine réservé présidentiel que doit être l’action culturelle pour mener une politique fondée sur la culture par tous, dans laquelle chaque Français est à la fois public et créateur. La pratique est le premier chemin vers les œuvres, avec la formation des regards, l’exigence comme forme suprême du respect du public. Car la leçon de l’expérience est établie : la barrière d’accès n’est pas tarifaire, les dispositifs monétaires de solvabilisation de la demande ont reproduit les inégalités qu’ils prétendaient corriger. Elle est éducative et symbolique et elle se dénoue par l’école, la pratique et la médiation, non par le chéquier. La démocratisation réelle passe par l’élévation. C’est l’âge de la République culturelle.

L’Ambition de la République culturelle consiste à arracher la culture aux machines et la rendre à la vie.


Pendant des siècles, la culture était tissée dans la société, portée par l’école, la famille, les métiers, les lieux, les fêtes, l’éducation populaire, les rites de la vie commune. On la recevait en vivant. Il faut l’y ramener, la réintroduire au cœur de la vie et de la société : dans l’éducation, où l’art, le geste et l’œuvre doivent redevenir le cœur des apprentissages ; dans les territoires, où chaque bassin de vie doit retrouver ses lieux, ses artistes et ses pratiques ; dans le quotidien, où l’on doit croiser les œuvres et les artistes dans la gare, l’hôpital, la place publique, et non plus seulement derrière un écran ou une billetterie ; dans les rapports sociaux enfin, où créer, transmettre et recevoir doivent constituer à nouveau des activités ordinaires de l’existence, et non des consommations d’exception.

La Madeleine à la veilleuse, Georges de La Tour, vers 1640
La Madeleine à la veilleuse, Georges de La Tour, vers 1640

Un peuple dont l’attention est captée, dont les récits sont fabriqués ailleurs et dont les choix sont préparés par des systèmes qu’il ne contrôle pas est un peuple mûr pour l’oligarchie. Il en a déjà les réflexes, il n’attend plus que ses maîtres. Un peuple qui pratique, qui reçoit, qui compare, qui juge, un peuple capable de recevoir une œuvre exigeante et d’en débattre, est un peuple capable de démocratie. C’est pourquoi la culture doit faire l’objet de toutes les attentions et de toutes les protections : on la protège comme on protège un territoire, parce que c’est le même corps. La République culturelle est le nom de ce choix : contre la culture-produit, la culture comme exercice de notre humanité, l’échange, l’élévation, la rencontre ; une République des œuvres, une République des artistes, une République de l’attention, une République des récits communs.

Trois évidences, qui fondaient toutes les politiques culturelles antérieures, sont tombées : le public disposait de son attention, elle est aujourd’hui captée plusieurs heures par jour par des systèmes conçus pour cela, et la capacité de recevoir une œuvre devient un marqueur de classe ; les œuvres étaient faites par des humains, sur la première plateforme française de musique, près d’un titre déposé sur deux est désormais généré par une intelligence artificielle ; les lieux artistiques parvenaient à durer et rayonner, grâce au public, aux artistes et à l’Etat. Mais celui-ci réduit son engagement. Le premier recul budgétaire est intervenu en 2026 au moment où 42 % des collectivités, qui financent les trois quarts du système, réduisaient leurs subventions culturelles.

Alors où commencer la reconquête sur les machines ? Par le pari de la vie. À la fausse abondance des flux, qui produit la rareté du sens, le projet oppose l’abondance vraie — ce qui grandit et se partage. C’est la part vivante de l’œuvre d’art, ce qui fait qu’elle ne cesse jamais de grandir au gré des regards et des rencontres. La culture de l’abondance place l’œuvre au centre et se fixe pour objectif la rencontre entre la création et le public.

Le rôle de la puissance publique s’en déduit : ni dirigisme, car l’État ne dicte pas les œuvres et la liberté de création est une liberté publique, protégée y compris contre les censures locales et les campagnes d’intimidation, ni abandon au marché. Un État jardinier : il prépare le sol, protège les pousses, et fait contribuer ceux qui prélèvent la récolte sans avoir semé. Trois principes de méthode complètent la doctrine : choisir toujours la mission plutôt que la structure ; l’élévation plutôt que la croissance mécanique, ce qui signifie agir sur la capacité de recevoir, non sur le seul pouvoir d’achat culturel ; la fertilisation plutôt que le grand geste stérile, c’est-à-dire porter le sensible là où vivent les citoyens plutôt qu’attendre qu’ils franchissent les seuils institutionnels.

Première ligne de force, une République des créateurs.


Il convient que les artistes soient reconnus dans leur contribution individuelle et collective et qu’ils aient la liberté réelle de leur création.

Il est temps que nous avancions vers un statut de l’artiste qui organise la profession dans toute la diversité des disciplines artistiques et des courants, gouvernée par le libre choix de ses représentants, avec ses déclinaisons territoriales correspondant aux échelons de la décentralisation culturelle. L’intégration sur la base des travaux accomplis et sur adhésion volontaire doit donner accès à un certain nombre de protections.

Première protection offerte par ce statut, celle des conditions de travail en organisant la médecine du travail et la lutte contre les accidents du travail. Les métiers artistiques sont souvent solitaires et multiplient les risques d’accès insuffisant aux garanties collectives existantes et notamment aux droits à la formation continue.

Deuxième protection du statut, contre l’irrégularité ou le manque de revenus. Elle existe aujourd’hui, partiellement, pour ceux qui ont déjà une activité très régulière, avec le régime des intermittents. Dans tous les autres arts, c’est la débrouille qui prévaut.

A une première échelle, celle de l’émergence artistique, il faut pouvoir garantir un revenu mensuel minimal de l’ordre de 1 000 euros sous forme d’impôt négatif (les rémunérations perçues en sont défalquées, avec lissage annuel) en surcroît des revenus d’activité et des revenus complémentaires, de médiation culturelle, de résidence artistique ou d’enseignement.

A un deuxième étage, celui des artistes confirmés, la consolidation du régime des intermittents doit être assurée en s’opposant au relèvement du seuil des 507 heures et en ouvrant la négociation sur un abondement par une participation plus élevée et plus progressive des grands employeurs, notamment de l’audiovisuel. La reconnaissance du travail invisible doit être mieux assurée en autorisant les structures labellisées à valider jusqu’à 40 heures de « temps de recherche autonome » pour les artistes aux revenus modestes accueillis en résidence, ces heures comptant pour l’ouverture des droits.

A un troisième étage, celui des artistes et créateurs qui ont rencontré le succès, il s’agit de protéger leurs droits d’auteur, d’accompagner les industries culturelles à l’export. Les industries culturelles et créatives, plus de 100 Md€ de chiffre d’affaires, un million d’emplois, une croissance double de l’économie doivent être érigées en industrie stratégique pour leur consacrer une politique publique dans la durée par l’inscription dans les politiques industrielles, la création d’une délégation interministérielle, la proposition d’un fonds de souveraineté culturelle porté à l’échelle européenne. L’exception culturelle demande à être refondée à l’heure des flux La chronologie des médias, qui organise les délais entre salle, vidéo, télévision et plateformes, doit être réaffirmée comme l'un des piliers du financement du cinéma d'auteur et de la diversité de la création. Ce n'est pas un privilège des salles, c'est un mécanisme de solidarité entre les usages. Elle doit cependant être révisée pour que les plateformes de streaming, qui en bénéficient sans en porter le même poids, soient pleinement intégrées à l'effort de financement obligatoire de la création, au même titre que les diffuseurs historiques. L’exportation des grands spectacles doit faire l’objet d’une stratégie organisée. Le livre : défense sans concession du prix unique, soutien aux librairies indépendantes comme réseau d’intérêt général, priorité à la lecture dans l’école refondée et soutien à la traduction, qui est un enjeu central pour le rayonnement de notre imaginaire et de nos idées à l’étranger. Un grand chantier s’ouvre là aussi sur la concurrence de l’IA générative qui risque de nous engloutir dans un univers commercial de pastiches et de plagiats et conduire dans le pays du « sacre de l’auteur » à la destruction même de l’idée d’auteur.

Robert Doisneau, Alberto Giacometti dans l'atelier, 18 ou 19 décembre 1957 © Fondation Giacometti, Paris © Robert Doisneau
Robert Doisneau, Alberto Giacometti dans l'atelier, 18 ou 19 décembre 1957 © Fondation Giacometti, Paris © Robert Doisneau

L’enjeu est aussi, il faut le dire, d’assurer une plus grande solidarité intraprofessionnelle au sein de profession très fortement marquées par les irrégularités et les inégalités de revenus en permettant des mécanismes de lissage coopératif des revenus, y compris fiscal, et en demandant une cotisation progressive spécifique sur les plus hauts revenus et sur les groupes culturels. Une contribution de 1,50 euro sur chaque billet des salles et enceintes de plus de 1 500 places (stades, arènes, zéniths, grands festivals commerciaux), à l’heure où 1% des représentations capte un tiers des revenus, doit être intégralement fléchée vers les petites salles, compagnies indépendantes et scènes de proximité, recouvrés par les circuits de taxes sur la billetterie existants, selon le précédent opérant à Liverpool.

Le financement de cette politique ambitieuse est aussi assuré par le redéploiement de dispositifs d’aide existant, par une contribution des plateformes numériques culturelles et notamment par l’extension aux réseaux sociaux qui ne sont pas encore concernés. Le principe suit la tradition nationale du financement de la création par ses diffuseurs dominants qui s’est répercutée à travers le temps, du billet de cinéma dès 1948, à la télévision en 1986, aux plateformes de vidéo en 2021, at au streaming musical en 2024, et désormais également aussi aux réseaux sociaux et à l’intelligence artificielle : chaque canal nouveau est raccordé au financement de la création.

En outre le financement est complété par une redevance sur l’exploitation commerciale des œuvres dans le domaine public et par une contribution marginale sur les droits des auteurs décédés, au profit de la création vivante et de l’émergence suivant, le vœu formulé par Victor Hugo au Congrès littéraire de 1878 et par la réaffectation des crédits Pass Culturel individuel ainsi que par le fléchage du mécénat.

Le mécénat doit être défendu et réorienté : maintien du régime fiscal de 2003, refus de tout rabot, mais label « d’utilité culturelle » conditionnant les avantages renforcés à trois engagements — action territoriale hors métropoles, part consacrée à la création vivante, transparence intégrale — et encadrement du parrainage nominatif.

Troisième protection, face à l’impact de l’intelligence artificielle.

La taxation à l’acte des contenus générés par intelligence artificielle à vocation culturelle et commercialisés, conditionnée à un label obligatoire d’identification, perçue chez les diffuseurs sur le modèle de la copie privée, pensée à l’échelle européenne, doit permettre d’abonder un fonds national de financement de la création humaine.

Cela se double, face à l’intelligence artificielle d’une rémunération juste des auteurs face aux machines : consentement préalable obligatoire à tout entraînement, en renversant la logique d’exception avec simple faculté de retrait, transparence des corpus, licences collectives négociées par les sociétés de gestion, rémunération directe et transparente.

Quatrième protection, celle des artistes dans leurs relations avec les grands acteurs industriels. Une charte des droits des auteurs vis-à-vis des éditeurs et diffuseurs doit assurer la portabilité des droits lorsqu’une clause de conscience doit jouer, et une politique d’émergence organisant les passages clé d’une vie d’artiste : vocation, formation, premier geste, consolidation, avec bourses de première création gérées par la chambre professionnelle, engagement d’émergence dans les conventions des scènes labellisées, et compagnonnage.

Deuxième ligne de force, une République des publics


Les publics doivent être protégés, eux aussi, contre la captation de l’attention et les atteintes à l’autonomie cognitive.

Une Déclaration des droits cognitifs, inscrite dans la Constitution reconnaitra le droit de chacun à la protection de son attention. Mais au-delà il s’agit de faire vivre l'idée d'une dépollution cognitive, d'une oxygénation des esprits par la culture. On ne peut se contenter de défendre, il faut offrir des temps et des espaces sanctuarisés, délibérément lents, longs, sans écran, comme contre-espaces à l'économie de l'attention, au même titre qu'on protège un espace naturel pollué en y recréant les conditions d'une respiration. Ce n'est pas qu'une image, mais une mission de service public qui va grandir dans les années qui viennent. Les lieux culturels, musées, bibliothèques, théâtres, cinémas, peuvent être positionnés explicitement comme ces sanctuaires, face à la saturation numérique.

Une loi de transparence des systèmes algorithmiques et d’interdiction du défilement infini pour les mineurs doit sauvegarder l’attention des enfants. Un combat demande à être mené, à l’échelle européenne, seule réellement pertinente, pour le passage des plateformes du statut d’hébergeur à celui d’éditeur, juridiquement responsables de ce que leurs algorithmes amplifient, avec obligations de visibilité de la création nationale et européenne.

Mais les publics naissent d’abord de l’accoutumance aux arts depuis l’enfance. Il faut aller vers une approche expérientielle des arts.


L’école doit devenir le lieu de formation du goût des pratiques artistiques en refondant l’école, dans ses temps et dans ses lieux, pour mettre à égalité les apprentissages de la tête, du corps et du cœur dans la tradition de l’humanisme classique. Il s’agit de viser au moins cent heures annuelles d’enseignement des pratiques artistiques et d’expérience de la création, dans le cadre de projets pratiques et dans des Maisons des Arts dans chaque bassin de vie. Les matinées seront consacrées aux savoirs fondamentaux, les après-midis aux arts, au sport et aux savoir-faire manuels et techniques. Une heure d’histoire de l’art et d’analyse des images doit être systématisée au collège, dix films vus et analysés par an, le théâtre réintégré comme enseignement.

Enfin les publics demandent à être rencontrés. L’objectif prioritaire est de faire vivre les œuvres créées en assurant leur diffusion plus ample dans l’espace et dans le temps.

Front le plus exposé, le spectacle vivant cumule trois vulnérabilités structurelles : d’abord, la maladie des coûts qui ne cessent d’augmenter et de contraindre la création ; ensuite, le déséquilibre création-diffusion, car le système d’aides finance le projet nouveau et jamais la reprise, d’où le chiffre d’entre deux et quatre représentations par spectacle, qui est beaucoup trop faible ; enfin, la concentration de la fréquentation dans les très grandes jauges, où 1 % des intervenants capte la majorité des revenus.

Cela suppose une politique de la diffusion des spectacles et la réorientation du régime d’aides vers la diffusion, avec des objectifs de circulation négociés dans les conventions, jugés par les pairs et jamais fondés sur le contenu. La clé doit se trouver dans un fonds national de diffusion fonctionnant sur le modèle de l’avance sur recettes dans le cinéma, permettant de soutenir le projet sur ses propres recettes futures. Il convient aussi de créer une prime au réseau, pour favoriser la mutualisation des préachats de spectacles par différents diffuseurs. Soutien à la reprise et mutualisation des tournées, captations systématiques doivent y contribuer. Cela suppose aussi plus de prospective sur l’emploi, par un chiffrage sérieux et assumé des besoins de l’emploi artistique, car l’écart documenté sur le fonds d’aide à l’emploi pérenne est de plus de 20 M€. Enfin, à l’échelle de l’administration, il sera nécessaire d’engager une expertise indépendante sur le financement culturel des collectivités et de développer une instance de coordination interministérielle.

L’audiovisuel public doit jouer un rôle central dans la diffusion culturelle. Il est temps de sortir des débats sans fin sur les organigrammes pour avancer sur la redéfinition des missions.

Le service public existe pour produire et diffuser partout sur le territoire ce qui est nécessaire mais pas nécessairement rentable, information indépendante, création exigeante, éducation par les arts, présence territoriale, rayonnement de la langue. Il est le premier investisseur de la fiction nationale : l’affaiblir durablement, c’est réduire la capacité à expérimenter, à révéler des talents et à faire émerger les succès de demain. Il faut renforcer son rôle culturel par une obligation légale d’au moins 20 % de programmation culturelle par société nationale, contrôlée par le régulateur et conditionnant une partie du financement ; il s’agit d’imposer un rendez-vous culturel quotidien en première partie de soirée sur la chaîne à vocation culturelle ; de mettre en œuvre des partenariats structurels de captation avec les grandes institutions, accessibles gratuitement sur la plateforme publique. Il est indispensable à l’indépendance de l’audiovisuel public de se voir garanti un financement pluriannuel par prélèvement sur recettes, protégeant son indépendance et de refuser de toute fusion effaçant les identités éditoriales.

Troisième ligne de force, une République des lieux et territoires artistiques pour favoriser la rencontre des artistes et du public autour de l’œuvre.


Il s’agit d’abord d’établir un maillage dense de Maisons des Arts, à vocation scolaire et culturelle, en coopération entre l’Etat et la commune, autant de têtes de pont de notre dépollution cognitive et de points d’ancrage d’une politique de civilisation. Dans chaque bassin, un équipement de référence : la Maison des arts est créée par transformation de l’existant dont 500 médiathèques transformées en pôles culturels de proximité sur cinq ans, (théâtres municipaux sous-employés, friches) selon la règle « adosser, plutôt que bâtir », et menant une triple vie : accueil des scolaires l’après-midi pour les enseignements de la sensibilité et du geste ; maison commune des pratiques amateurs le soir et le week-end, où l’on entre sans billet et sans code ; base de résidence et de médiation des artistes à l’année. C'est dans ces lieux de proximité, pas seulement dans les grandes institutions, que la lenteur et l'attention retrouvée peuvent devenir une expérience courante plutôt qu'exceptionnelle. C’est là que la culture et les arts peuvent être à nouveaux apprivoisés et remis à l’échelle humaine.

Par ailleurs, il s’agit de diffuser les arts partout où se déploie la société du lien et du soin, à travers 5 000 résidences d’artistes en milieu scolaire, hospitalier ou en EHPAD, ou dans les lieux du patrimoine, prioritairement dans le monde rural et les quartiers prioritaires.

Un corps de médiateurs culturels doit être développé en lien avec tous les lieux culturels, musées, cinémas, scènes, médiathèques, patrimoine, dont une partie des emplois est réservée aux artistes sous statut : la médiation érigée en infrastructure humaine de la rencontre.

Il s’agit ensuite de favoriser un maillage dense de lieux labellisés et engagés : scènes nationales et centres dramatiques dotés de conventions pluriannuelles emportant devoirs de circulation des œuvres, d’émergence et de parrainage territorial des Maisons de leur ressort.

Cela passe par un maillage ample de lieux habités par les arts. Il convient pour cela de développer des programmes de coopération architecte-artiste sur les projets de construction collectifs ou publics, sur le modèle des 68 gares du Grand Paris Express.

Cela passe aussi par un maillage itinérant : musées nationaux assignés chacun à un territoire partenaire, programmes hors les murs (gares, hôpitaux, prisons, maisons de retraite), des opérations dont la lourdeur logistique exige un financement spécifique; extension du 1 % artistique à toute infrastructure publique de plus de 5 M€, avec un objectif de 500 commandes par an ; programme d’été de la culture pour les quelque trois Français sur dix qui ne partent pas en vacances.

Cela passe enfin par un maillage festivalier, sécurisé face au climat grâce à une stratégie nationale des festivals intégrant un protocole national pour les événements en plein air (critères et seuils gradués rendant prévisibles les décisions d’annulation) et un fonds de garantie associant l’État et les assureurs pour les annulations climatiques, sur le modèle du fonds d’indemnisation créé pour l’audiovisuel pendant la pandémie.

La FabricA du Festival d'Avignon © Christophe Raynaud de Lage
La FabricA du Festival d'Avignon © Christophe Raynaud de Lage

Enfin il s’agit de faire vivre l’ancrage territorial des politiques culturelles décentralisées.


Cela exige renforcer la coordination entre régions et entre Etat et région pour favoriser des financements pluriannuels, la transparence des critères de financement. Le Conseil des Territoires, réunissant tous les quinze jours autour du Président de la République les présidents de région métropolitaine, doit être le lieu naturel des débats sur la décentralisation culturelle. De même le Conseil de l’Outre-mer formé sur un modèle similaire doit permettre de déployer une politique culturelle spécifique pour la vitalité des pratiques artistiques ultramarines.

À la carte des lieux se superpose une carte des fondations territoriales du patrimoine et de la culture par bassin ou intercommunalité, réceptacles du mécénat de proximité ; des fondations abritées régionales accueillant legs et générosités locales ; un régime fiscal privilégié pour les dons à dotation non consomptible, afin que les institutions constituent des capitaux perpétuels ; l’exploration des fondations actionnaires pour les entreprises culturelles familiales ; un mécénat populaire organisé, micro-don fléché vers la fondation de son bassin, souscriptions locales avec inscription du nom des donateurs dans les lieux aidés, legs facilité, et la modernisation de la fondation reconnue d’utilité publique, avec des délais encadrés, une dotation modulée et une transparence renforcée. La fondation incarne l’institution de la durée, qui fait fructifier pour toujours ce qui a été donné une fois.

Cette géographie referme deux boucles. La boucle de l’emploi, car le statut sécurise des personnes, la géographie leur donne des postes, résidences scolaires, heures de transmission, médiation, ateliers, compagnonnages, auxquels s’ajoutent les emplois techniques mutualisés et l’économie locale induite ; des emplois non délocalisables par définition, puisque leur objet même est le lieu. La boucle du financement, car chaque flux a une destination territoriale, la contribution des grandes jauges vers les petites salles, le domaine public payant vers l’émergence, les contributions des plateformes et de l’intelligence artificielle vers le statut, le mécénat labellisé vers les territoires et la création vivante, l’État garantissant la péréquation là où la richesse locale manque.

La cathédrale, dit aussi l’Arche d’alliance, 1908, d’Auguste Rodin. Dagli Orti / Musée Rodin Paris / Gianni Dagli Orti / Aurimages • DAGLI ORTI / MUSÉE RODIN PARIS / GIANNI DAGLI ORTI / AURIMAGES
La Cathédrale, dit aussi l’Arche d’alliance, 1908, d’Auguste Rodin. Dagli Orti / Musée Rodin Paris / Gianni Dagli Orti / Aurimages • DAGLI ORTI / MUSÉE RODIN PARIS / GIANNI DAGLI ORTI / AURIMAGES

Il existe bien une quatrième ligne de force pour la culture française, celle de sa caisse de résonance mondiale.


La culture est une part intégrante de la France, de son image et de sa voix dans le monde. Elle ne pèse politiquement qu’autant qu’elle sera capable d’incarner une alternative à l’hégémonie culturelle des monopoles.

La politique de la francophonie doit défendre le même principe d’une culture « vivante, toujours vivante » tournée vers les enjeux de rencontre et de solidarité des peuples qui ont la langue française en partage.

L’Europe de la culture doit permettre de développer un Erasmus des artistes permettant des mobilités et des fertilisations croisées, contribuant au renforcement d’une culture européenne commune. Elle sera le résultat des femmes et des hommes et de leur rencontre, pas d’appels à projet qui bureaucratisent à outrance la vie des artistes.

La diplomatie culturelle demande aujourd’hui à être refondée sur le double mandat diffusion et co-création, chaque institut à l’étranger devenant un laboratoire avec des résidences croisées d’artistes, des commandes, de la recherche, avec un programme de mobilités artistiques important. La démarche de restitution des œuvres d’art spoliées doit être inscrite dans le temps long, dans le cadre de coopérations muséales innovantes.

L’audiovisuel extérieur demande, dans ses temps d’affrontements des récits mondiaux, de se voir doté de sa première doctrine explicitée, fixant des objectifs, des zones prioritaires, des contrats rénovés, une autonomie opérationnelle préservée. Il convient de déployer une plateforme numérique commune d’information internationale.

Plus encore que de réformer, l’enjeu essentiel est aujourd’hui de gouverner, de bien gouverner et conduire des politiques culturelles crédibles, durables et concertées qui s’inscrit harmonieusement dans l’ensemble européen.

L’engagement budgétaire de l’État se formule en stabilité : pérennisation du budget de la culture en termes réels sur cinq ans ; pluriannualité générale des financements, contrats d’objectifs et de moyens, conventions sur la durée des mandats de direction ; prélèvement sur recettes pour l’audiovisuel public ; contractualisation avec les collectivités liant une part des dotations à des engagements culturels mesurables. A tous les étages, la visibilité sur plusieurs années est un multiplicateur d’investissement, le même euro rend davantage quand il est promis pour cinq ans. Pire, les budgets erratiques, lorsqu’il s’agit d’expositions ou de spectacles qui se prévoient des années à l’avance conduisent à des annulations et à des dépenses irrécupérables, en dépit de tout bon sens gestionnaire.

Chacun doit être à son poste, l’Etat qui garantit, redistribue et donne un cap ; les territoires qui mobilisent et structurent ; les professionnels qui s’inscrivent dans ce cadre en toute autonomie. Les fonctions sont réparties par niveau. La puissance publique nationale assume quatre fonctions qu’elle ne saurait déléguer : l’égalité entre les territoires, par la péréquation, les services déconcentrés sanctuarisés ; la protection de la liberté de création comme liberté publique ; le droit par la régulation des plateformes et des machines ; la stratégie d’ensemble, dans son rôle de chef d’orchestre.

Aurochs représentés dans la grotte de Lascaux.
Aurochs représentés dans la grotte de Lascaux.

Les échelons territoriaux assument l’animation, la programmation et la mutualisation — la commune pour le vécu, l’intercommunalité pour la mutualisation, le département pour la solidarité rurale, la région pour les filières et les circulations.

L’échelon européen porte ce qu’aucun État n’obtient seul : la régulation des plateformes, la taxation des contenus générés, le fonds de souveraineté culturelle, un programme commun d’enseignement des arts où chaque pays apporte sa pierre à l’ensemble commun en définissant sa part de patrimoine qu’il souhaite voir enseignée partout en Europe.

La profession elle-même gouverne ce qui la concerne au premier chef : la chambre des artistes administre la caisse de solidarité, les bourses d’émergence et le compagnonnage.

Vivants, toujours ! voilà la devise qui pourrait être celle de la République culturelle, qui ne tire d’orgueil de son patrimoine que parce qu’il est mis au service de la continuité et du renouveau de la création ; qui sait que la culture est d’abord une affaire de femmes et d’hommes en chair et en os ; qui sait que l’objectif d’une vraie politique culturelle est toujours à la fois le rassemblement et le mouvement, le rassemblement par le mouvement, le mouvement grâce au rassemblement.

À une culture soumise au marché, réduite à l’état de produit, rétrécie dans la main des plateformes, sous la domination des machines, privée du choix libre par la captation de l’attention, la République culturelle oppose le retour de la culture au cœur de la vie : dans l’école, dans les territoires, dans le quotidien, dans les rapports sociaux. À un système de guichets qui distribue chaque année des crédits à des files de demandeurs, il substitue une architecture, une doctrine plaçant l’œuvre au centre, la rencontre pour objectif, l’élévation pour méthode et une géographie habitée.

Et à la grande bataille qui se noue entre l’oligarchie et la démocratie, à l’heure où l’État et le marché fusionnent au profit des maîtres des machines, il apporte la réponse de la France : la République culturelle, la République des œuvres, des créateurs et de l’attention retrouvée, afin que le pays continue de produire des récits humains et que chacun garde la capacité, et la liberté, d’y prendre part.

Lever de lune sur la mer (1821), Caspar David Friedrich, musée de l'Ermitage de Saint-Pétersbourg.
Lever de lune sur la mer (1821), Caspar David Friedrich, musée de l'Ermitage de Saint-Pétersbourg.

Dominique de Villepin

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