Chroniques

Pourquoi je suis écogaulliste ?

Dominique de Villepin

28 juin 2026

Carte des vigilances pour la journée du 25 juin 2026. © Météo-France
Carte des vigilances pour la journée du 25 juin 2026. © Météo-France

La canicule a tout révélé. Même ce que nous savions déjà.


D’abord notre impuissance collective. Et derrière elle, une irresponsabilité installée de longue date : le report sans fin, le débat en trompe-l’oeil, les moyens jamais à la hauteur des mots.

Ces dix dernières années, le macronisme a trop souvent confondu l’annonce et l’action. On a tout dit, tout planifié sur le papier, sans jamais mettre les moyens, parfois en faisant une chose et son contraire. Le bilan de dix ans tient en deux mots : l’astuce et le mensonge.

Et le débat public s’est égaré, à s’écharper sur la climatisation pour tous. La climatisation est une solution, parfois même une nécessité, dans un hôpital, une crèche, une maison de retraite, une salle de classe à 35°. Mais elle ne saurait être la solution miracle.

Si je suis écogaulliste, c’est par réalisme. Il faut changer.


Parce que je vois l’ordre politique mondial structuré par la rareté, la prédation et la domination. L’illimitisme fait tout pour aggraver la crise climatique.

Parce que je vois l’injustice, et donc le désordre, que fait peser le réchauffement climatique sur notre pays.

Parce que je vois trop de déni et trop de facilité dans un débat qui esquive sans cesse les vraies décisions.

Mais l’écologie est dans l’impasse et a besoin d’un profond renouvellement.


Chacune des écologies existantes part d’une intuition juste, mais chacune s’est enfermée dans une impasse.

L’écologie politique, qui s’est perdue dans l’idéologie et n’a pas su réfléchir aux moyens de sa mise en œuvre.

L’écologie libérale, qui s’est perdue en marchés carbone insuffisants et en RSE prêtant trop souvent au « greenwashing ».

L’écologie diplomatique, qui s’est perdue en négociations interminables aux rendements de plus en plus faibles. Un cessez-le-feu sans fin ne suffit pas en matière de climat : il faut un traité de paix.

L’écologie conservatrice, qui s’est perdue dans une vision individualiste et étroite, voire dans le déni, n’offrant pas d’autre sauve-qui-peut que la clim.

L’écogaullisme compense ce qui manquait aux autres.


Là où l’écologie libérale s’en remettait au marché, il rétablit l’autorité publique.

Là où l’écologie conservatrice abandonnait chacun à lui-même, il rassemble.

Là où l’écologie diplomatique se perdait au loin, il agit au plus près.

Là où l’écologie technocratique se perd en chiffres, il remet au centre l’humain.

L’écogaullisme propose une écologie humaniste de l’autorité, du rassemblement et de la proximité.


Chacun de ces mots a un contenu précis.

L'autorité. La puissance publique est la colonne vertébrale de la transformation : elle fixe une règle commune et la fait respecter ; elle planifie l’électrification des usages avec des moyens pluriannuels, non des objectifs sans budget ; elle rétablit un juste prix du carbone, intégralement rendu aux ménages ; elle réencastre le marché dans l’intérêt général. C’est l’inverse de l’incantation : à chaque objectif, un moyen.

Cette autorité suppose une planification élargie : une même vision de long terme qui fasse tenir ensemble la programmation budgétaire pluriannuelle, la planification énergétique et la planification écologique, une cohérence exigeante, inscrite dans la durée et soustraite aux à-coups des alternances.

Le rassemblement. Aucune transformation ne réussira contre les Français : il faut une transition conduite par et pour les agriculteurs, par et pour les territoires, jamais décrétée contre eux. C’est aussi une exigence de justice : ceux qui émettent le plus doivent contribuer le plus, sans quoi l’effort sera, à juste titre, rejeté.

La proximité. Ce qui se décide à hauteur de commune se fait ; ce qui se négocie à l’infini ne se fait jamais. La commune est l’échelle de l’exécution : l’État fixe les objectifs et délègue les moyens, financiers et humains, en soutien technique ; le maire transforme le bâti, les transports, adapte sa ville. C’est ainsi que nous en ferons un chantier commun.

Car il ne s’agit pas seulement de réduire nos émissions : il faut adapter en profondeur le pays à un climat qui a déjà changé. Notre eau, d’abord, nous devons la stocker, l’économiser, la partager, à l’heure des sécheresses et des pluies brutales. Notre agriculture, ensuite, nous devons la transformer avec d’autres cultures, d’autres pratiques, pour qu’elle nous nourrisse encore demain. Nos sols, enfin, nous devons les protéger de l’artificialisation et de l’érosion, car un sol vivant retient l’eau, nourrit et capte le carbone. Adapter, c’est préparer. La technologie protège les terroirs. Les terroirs donnent un enracinement à l’innovation.

Mais l’écogaullisme, c’est aussi et d’abord la volonté. Ce que nous avons réussi, nous pouvons le réussir à nouveau, ensemble.


Nos ancêtres ont su, par le passé, enrayer la déforestation massive du pays.

La génération précédente s’est mobilisée : d’abord contre les pluies acides, en réduisant le soufre de nos carburants et en imposant le pot catalytique ; ensuite contre le trou de la couche d’ozone, en bannissant les CFC.

Et notre génération n’est pas en reste : avec une baisse de près d’un tiers de nos émissions depuis 1990, la France figure déjà parmi les pays pionniers.

C’est notre tâche de réconcilier modernité et tradition.


Au XXe siècle, cette volonté a produit la reconstruction, le nucléaire, Airbus, Ariane et le TGV.

Au XXIe siècle, elle doit prendre la forme de la transition écologique, industrielle et technologique.

Il unit la France qui produit : agriculteurs, ouvriers, artisans, et la France qui invente : ingénieurs, chercheurs, créateurs, entrepreneurs, intellectuels.

La souveraineté énergétique, agricole, numérique et industrielle devient la conséquence d’une volonté nationale retrouvée.

Mais l’écogaullisme porte enfin une exigence d’excellence.


Transformer notre pays, c’est ouvrir la voie vers une vie meilleure, la qualité de villes, la qualité de nos produits, la qualité de notre artisanat, la qualité de notre habitat, la beauté de notre pays, le respect de notre identité française. Cette exigence est sociale, mais aussi culturelle, car elle est un art de vivre. Elle traduit l’ambition française d’une politique de civilisation, celle d’un pays qui ne veut pas seulement traverser la crise, mais en sortir plus beau, plus juste, plus fidèle à lui-même.

En retrouvant cette alliance entre héritage et innovation, la France peut redevenir une puissance pionnière.

L’éco-gaullisme doit lui permettre de retrouver sa souveraineté, son rang et sa capacité à entraîner le monde. Car la France est à son meilleur lorsqu’elle est fidèle à elle-même, ficèle à l’idée qu’elle incarne.

L’écologie est pour elle un nouveau levier de puissance. En 2015, l’accord de Paris a rappelé qu’aucune grande cause du siècle ne se noue sans la France. Conduire la transition, c’est retrouver notre rang : entraîner le monde, non le subir.

Le temps n’est plus de savoir s’il faut agir, mais comment. C’est le temps de l’action.

Taxe carbone, plan massif d’atténuation et d’adaptation, gouvernement sur le pont et maires en première ligne !

Voilà pourquoi, demain, nous serons tous écogaullistes.


Dominique de Villepin

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